Ce n’était pas mieux avant. C’était autrement.
Il existe une phrase qui se profile avec l’âge, quelque part entre « de mon temps » et « m’enfin…ils sont fous ! » :
Avant, c’était mieux… NON
Avant, c’était avant. C’était autrement, et finalement assez pareil.
Nous avions nous aussi des nouveautés extravagantes qui faisaient « flipper » les parents, des modes qu’ils trouvaient indécentes, des comportements qu’ils jugeaient dangereux et des idées qui leur semblaient annoncer la fin prochaine de la civilisation.
Et nous y avons survécu. Enfin, la plupart.
La mini-jupe et autres attentats à la pudeur.
Prenons la mini-jupe. Elle était mini. Vraiment mini…
Elle déclenchait des commentaires scandalisés, des regards désapprobateurs et naturellement quelques prédictions sur l’effondrement des bonnes mœurs.
Mais il existait une sorte de règle tacite assez remarquable : elle était très courte, mais personne ne voyait la culotte !
Aujourd’hui, j’ai parfois l’impression que le principe s’est inversé.
Le vêtement peut être plus long, mais la lingerie, elle, a obtenu son droit à la visibilité.
Chaque époque a ses mystères, ses originalités.
Le monsieur à l’imperméable
Les dangers non plus ne sont pas apparus avec Internet.
À la sortie des écoles, il y avait parfois le Monsieur à l’imperméable. On savait très bien qu’il ne vendait pas des encyclopédies. Il ouvrait soudain son imperméable et révélait… qu’en dessous, il avait manifestement oublié une partie importante de sa tenue du jour!
Nous avions donc déjà nos prédateurs.
Simplement, ils n’avaient ni smartphone, ni faux profil, ni messagerie privée. Ils devaient se déplacer.
Le progrès technologique leur a malheureusement simplifié la logistique.
En boîte de nuit : surveille ton Coca
Des règles de sécurité étaient instinctivement inscrites dans notre logiciel.
Par exemple : toujours demander que la bouteille de Coca soit décapsulée devant nous.
Et ne pas abandonner son verre n’importe où.
Non, la méfiance envers ce que quelqu’un pouvait glisser dans une boisson n’a pas été inventée au XXIe siècle.
On faisait attention. On se prévenait entre filles.
On gardait un œil sur la copine qui avait un peu trop bu.
Et, si possible, on repartait ensemble.
Les mots ont changé. Les produits ont changé. La prise de conscience collective a heureusement évolué.
Mais le problème, lui, ne date pas d’hier.
Ne monte jamais dans la voiture d’un inconnu
Autre commandement de notre jeunesse :
« Tu ne montes JAMAIS dans la voiture d’un inconnu. »
L’inconnu en voiture représentait à lui seul une bonne partie des angoisses parentales.
Il pouvait proposer de nous ramener, demander son chemin, chercher son chien ou employer n’importe quel prétexte : on ne montait pas.
Aujourd’hui, renversement impensable, certaines jeunes femmes laissent leur « whatsapp » ou un message directement sur une grosse cylindrée qui leur plaît.
Autre époque, autre stratégie. Et nous pouvons d’ailleurs facilement appeler depuis notre téléphone un parfait inconnu afin qu’il vienne justement nous chercher en voiture.
Nos parents auraient eu besoin d’un petit temps d’adaptation.
Nous avions aussi nos folies
Nous faisions du stop, même toute seule jusque dans les pays nordiques par exemple, sans danger !
Nous partions à deux copines, sans que personne sache exactement où nous étions.
Nous n’avions évidemment aucun téléphone portable.
- Pas de géolocalisation.
- Pas de message : « Bien arrivée ».
- Pas de possibilité d’appeler immédiatement au secours.
Une panne de voiture au milieu de nulle part était réellement une panne de voiture au milieu de nulle part.
Et pourtant nous trouvions cela parfaitement normal.
Aujourd’hui, quelqu’un dont le téléphone affiche 3 % de batterie considère parfois que sa survie est compromise.
- Nous n’étions pas plus courageux.
- Nous n’avions simplement pas de chargeur.
Les parents ont toujours pensé que leurs enfants devenaient fous
C’est probablement l’une des grandes constantes de l’humanité.
Chaque génération voit arriver quelque chose d’imprévu :
- La mini-jupe.
- Le rock.
- Les cheveux longs des garçons.
- La pilule.
- Les boîtes de nuit.
Puis Internet avec :
- Les réseaux sociaux.
- Les rencontres en ligne.
- Les influenceurs.
- Les défis absurdes filmés pour obtenir quelques milliers de vues.
Et maintenant l’intelligence artificielle.
À chaque fois, quelqu’un annonce que cette fois, vraiment, tout est « foutu », ça va trop loin !
Et pourtant la génération suivante grandit au milieu de cette nouveauté, apprend à s’en servir, en découvre les dangers, invente ses propres règles… avant de regarder un jour ses propres enfants et de leur demander :
« Mais enfin, comment pouvez-vous faire une chose pareille ? »
Ce qui a changé malgré tout
Tout n’est évidemment pas équivalent.
Internet donne aujourd’hui à certaines violences une portée que nous ne connaissions pas. Une humiliation ne reste plus nécessairement dans la cour de l’école : elle peut être photographiée, filmée, partagée et poursuivie jusque dans une chambre à coucher.
Un prédateur n’a plus besoin d’attendre devant une école.
Et certaines imprudences peuvent désormais être exposées instantanément à des milliers de personnes.
Mais nous avons aussi énormément progressé :
- On parle davantage des violences sexuelles.
- On apprend mieux à identifier certains comportements.
- On peut appeler à l’aide presque partout.
- On peut prévenir quelqu’un de l’endroit où l’on se trouve.
- On dispose d’informations auxquelles nous n’avions tout simplement pas accès.
Le monde n’est donc pas devenu seulement plus dangereux. Il est devenu dangereux autrement et protecteur autrement aussi.
Alors, était-ce mieux avant ?
Je ne crois pas. Nous avions nos libertés et nos interdits.
Nos inconsciences et nos réflexes de prudence.
Nos prédateurs, nos imbéciles, nos modes ridicules et nos parents catastrophés.
Les jeunes d’aujourd’hui ont également les leurs.
La différence est peut-être que nous avons oublié à quel point nous aussi, nous avons été la génération inquiétante de quelqu’un.
Ce n’était pas mieux avant. C’était autrement.
Et, par certains côtés, terriblement pareil.



